Écritures

mes romans

08 mai 2009

Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,

Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,

 

Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,

 

Ses petits affamés courent sur le rivage

 

En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.

 

Déjà, croyant saisir et partager leur proie,

 

Ils courent à leur père avec des cris de joie

 

En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.

 

Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,

 

De son aile pendante abritant sa couvée,

 

Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.

 

Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;

 

En vain il a des mers fouillées la profondeur ;

 

L’océan était vide et la plage déserte ;

 

Pour toute nourriture il apporte son cœur.

 

Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,

 

Partageant à ses fils ses entrailles de père,

 

Dans son amour sublime il berce sa douleur ;

 

Et, regardant couler sa sanglante mamelle,

 

Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,

 

Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.

 

Alfred de Musset (1810 – 1857)

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L'Albatros (Charles Beaudelaire)

L’Albatros

 

 Charles Baudelaire (1821 - 1867)

 

 

 

 

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

 

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

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21 octobre 2007

Guy Moquet 2

Il faut lire le poème saisi sur Guy Môquet le jour de son arrestation « pour comprendre ces jeunes qui sont entrés en résistance ».

« Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice
 

 

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12 octobre 2007

Le Chant des Partisans. "Marly, Kessel, Druon"

 
 

 

Le Chant des partisans (A. Marly - J. Kessel - M. Druon)

 

 
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines     ?    
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne     ?    
Ohé ! Partisans, ouvriers, paysans    
C'est l'alarme,    
Ce soir, l'ennemi connaîtra    
Le prix du sang et des larmes.    
 
Montez de la mine, descendez des collines    
Camarades !    
Sortez de la paille les fusils, la mitraille    
Les grenades.    
Ohé ! Les tueurs à la balle et au couteau    
Tirez vite !    
Ohé ! Saboteur, attention à ton fardeau,    
Dynamite !    
C'est nous qui brisons les barreaux des prisons    
Pour nos frères !    
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse    
La misère !    
Il est des pays où les gens au creux des lits    
Font des rêves !    
Ici, nous vois-tu, nous on marche, nous on tue    
Nous on crève.    
Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait    
Quand il passe.    
Ami si tu tombes, un ami sort de l'ombre    
A ta place.    
Demain du sang noir séchera au grand soleil    
Sur les routes.    
Chantez compagnons dans la nuit, la liberté    
Vous écoute.  
 

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne
  Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines

 

Oh, oh, oh, oh...

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La Chanson de Craonne (Auteur anonyme, 1917)

La Chanson de Craonne (Auteur anonyme, 1917)

Au printemps 1917, la sanglante offensive du Chemin des Dames fit en quelques jours des milliers de morts inutiles. Cette chanson anonyme est née dans les rangs des poilus dont certains commencèrent à se mutiner et à refuser de monter en ligne.

Quand au bout de huit jours, le repos terminé
On va reprendre les tranchées
Notre place est si utile
Que sans nous, on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personne ne veut plus marcher;
Et le coeur bien gros, comme dans un sanglot
On dit adieu aux civelots.
Mais sans tambour et sans trompette
On s'en va baissant la tête.
Refrain:
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes;
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme;
C'est à Craonne, sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés.

2. Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la relève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain dans la nuit et le silence
On voit quelqu'un qui s'avance:
C'est un officier de chasseurs à pied.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Nos pauv'remplaçants vont chercher leur tombes.
Refrain

3. C'est malheureux de voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la même chose;
Au lieu de s'cacher tous ces embusqués
Devraient bien monter aux tranchées
Pour défendre leur bien car nous on a rien,
Nous autres les pauvres purotins;
Et les camarades sont étendus là
Pour défendr'les biens de ces messieurs-là.

Refrain:
Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève;
Mais c'est fini, nous les troufions
On va se mettre en grève;
Ce sera votre tour, messieurs les gros,
De monter sur le plateau;
Si vous voulez encore la guerre
Payez-la d'votre peau.

 

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Lettre de Guy Môquet.

Lettre de Guy Môquet le 22 octobre 1941.

 

"Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.


Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.


Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime.

Guy

Dernières pensées : Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"

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26 septembre 2007

Les écoliers (Maurice Fombeure)

LES ÉCOLIERS.

Sur la route couleur de sable,
En capuchon noir et pointu,
Le "moyen", le "bon", le "passable"
Vont à galoches que veux-tu
Vers leur école intarissable.

Ils ont dans leurs plumiers des gommes
Et des hannetons du matin,
Dans leurs poches du pain, des pommes,
Des billes, ô précieux butin
Gagné sur d'autres petits hommes.

Ils ont la ruse et la paresse
Mais l'innocence et la fraîcheur
Près d'eux les filles ont des tresses
Et des yeux bleus couleur de fleur,
Et  des vraies fleurs pour leur maîtresse.

Puis les voilà tous à s'asseoir.
Dans l'école crépie de lune
On les enferme jusqu'au soir,
Jusqu'à ce qu'il leur pousse plume
Pour s'envoler. Après, bonsoir!

ça vous fait des gars de charrue
Qui fument, boivent le gros vin,
Puis des ménagères bourrues
Dosant le beurre et le levain.
Billevesées, coquecigrues,
Ils vous auront connues en vain

Dans leurs enfances disparues!

Maurice Fombeure...........

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08 juillet 2006

Sans papier

Émigrés

Sans papier, sans haine et sans joie.

Sans avenir, sans projet et sans foi.

Sans pays, sans travail, et sans loi.

Sans moyen, sans défense, et sans droit.

Tu es arrivé le cœur plein d’espérance.

Tu as cru que ici dans notre France.

Tu aurais un avenir, une reconnaissance.

Tu pensais que ta couleur n’avait pas d’importance

Aujourd’hui la réalité, te blesse.

Tu penses à l’avenir de tes enfants

Puisque le tien n’a plus d’importance

Tes enfants qui un jour comprendront leurs faiblesses

De n’être pas née dans un pays démocratique

Qui n’est pas exempte de critique.

Un jour mon frère, d’âme et de sang

Les hommes seront égaux.

Sans que la couleur de peau

Ne puisse être un critère de rang

Mais seulement un critère d’égalité

De là naîtra une véritable amitié

Ci gît ce soir, la mort de l’indifférence

Et naît ce soir, l’avènement du droit à la différence !

Yves Rabeau.   

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15 juin 2006

Grand-Mère

GRAND-MERE   (décédée aujourd'hui 15 juin 2006)

On y arrive par une impasse, après avoir tourné au coin de la boulangerie. Cette impasse n’est pas très large dans ma mémoire, je ne sais pas si deux vélos pouvaient si croiser. Au fond, le père Barbot, dans une «maison » sale et sombre. Je ne sais plus s’il était veuf, ou vieux garçon. A l’époque, les divorces étaient rares. Dans ma mémoire d’enfant, il était vieux, très très vieux. Il a disparu un jour. En fait dans mon esprit d’enfant, je me suis seulement aperçu qu’il n’était plus là ! J’avais huit, neuf ans. Quinze mètres avant, à gauche, l’entrée du jardin, on poussait la grille qui fermait mal, et qui couinait, pas besoin de sonnette les visiteurs étaient toujours annoncés, même contre leurs grés. On passait sous la treille, de chaque côté, un bout de jardin, je me rappelle surtout du lilas, et des papillons magnifiques qui y voletaient. Des papillons, que l’on attrapait, avec mon oncle, le plus jeune. Une petite allée vers la gauche, nous menait à la niche du chien. J’y ai toujours vu un chien attaché à cet endroit. C’était une niche en ciment, assez haute, en tout cas pour mon âge. Et c’est là, que, assis sur le toit plat de cette niche qu’il m’est arrivé, avec mon oncle Jacky, d’y fumer des queues d’ail. De l’autre côté, on partait vers ce que l’on appelait le vrai jardin, celui des légumes, et aussi un peu des fleurs. Sur le côté de ce jardin, un grand bac, pour recevoir le stock de charbon, et juste après, les W.C, qui embaumaient le jardin surtout l’été, lors des fortes chaleurs. Encore un peu plus loin, un grand débarras, tout en longueur. Au fond le poulailler, et quelques pigeons. En revenant sur la maison par l’autre côté, on trouve la buanderie. Evidemment ça servait pour laver le linge à la main. Je me rappelle ma grand-mère les jours de lessive, surtout l’hiver elle était toujours rouge de visage. Mais la buanderie nous servait aussi, à nous laver de fond en comble, une fois par semaine, je dirais même à nous récurer. Après la buanderie se trouvait un local qui servait de pièce, pour entreposer des choses, comme un genre de grenier, de plein pied, mais c’était déjà la maison, par cette pièce on accédait à une première chambre. Mais je m’égare, reprenons la visite de la maison dans l’ordre. Repartons devant la porte d’entrée. Après la grille entre les deux lilas, au bout de dix mètres, face à la grille, donc, la porte d’entrée, qui donne directement, sur la cuisine salle à manger, autrefois deux pièces, mais je pense que vu le nombre d’enfants, la cloison a été abattue. Sur le côté en rentrant, l’évier, et la glace ou je revois toujours mes oncles obligés de plier les jambes pour se voir dedans. Après l’évier, une vieille cuisinière aux charbons, avec réserve d’eau chaude. A l’opposé, contre le mur d’entrée, un placard dans l’angle de la pièce. Le placard des miracles, il renfermait le fameux Vérigoud, citron, ou orange. En suivant, la porte d’une chambre. Après la cuisine, donc la salle à manger, avec le buffet où se trouvait le chocolat Meunier, acheté à la boulangerie au coin de l’impasse. On avait droit à quatre carrés, le plaisir du goûter tant attendu. Dans cette pièce il n’y avait pas encore la télé. Non pas qu’elle n’ait été inventée, mais beaucoup trop chère pour le commun des mortels. Ensuite, d’un côté l’entrée de la chambre dont je parlais tout à l’heure, mais aussi l’entrée de ce qu’on appelait, la chambre noire, dont on nous menaçait souvent, faut dire qu’on été pas sage tous les jours, comme tous les enfants. Sauf qu’à l’époque, on n’avait pas peur de nous traumatiser, ce qui fait qu’on ne l’était pas. Nos parents pouvaient nous sortir dans la famille, sans honte, ce qui parait difficile aujourd’hui. Donc ce cabinet noir, recelait lui aussi des trésors pour des enfants puisque on y entreposait la nourriture fragile t’elle que le fromage, dans le garde-manger fait d’un grillage excessivement fin, pour éviter que les mouches n’y entrent, mais en attendant le fromage avait du goût et on ne mangeait pas pour rien. Dans cette pièce il y avait bien d’autres choses, notamment la glacière. Alors la glacière, pour ceux qui n’ont pas connu, c’était comme un frigo, mais en bois et qui ne fonctionnait pas à l’électricité, non, de temps en temps, un vendeur passait, et nous proposait des pains de glace, (ou éventuellement des demi pains) pour les demi pains, il était obligé de les casser avec un genre de petit piolet, nous on regardait ça, on s’en amusait parce que, à l’époque pour nous, tous était jeux et amusements. Le vendeur et son pain de glace, qu’il déposait dans la glacière, et il le transportait grâce à une énorme pince très pointue à chaque bout. Je ne me rappelle pas si c’était déjà des camions automobiles ou des charrette attelées. C’est si loin. J’ai oublié de parler du grand débarras, qui jouxtait la cuisine où mon grand-père rangeait sa mobylette, et tout un tas de choses, mais là secret, on n’avait pas le droit d’y pénétrer. Ah non, il y avait même un cadenas sur la porte, on profitait d’un oubli pour y aller quand même. Tout ce qui nous était interdit, était tellement beau. Un truc aussi que ma grand-mère aimait bien, c’est quand on jouait dans le charbon, mais ça, ça ne la faisait pas rire du tout. Je me souviens la salle à manger, les jours de maladie, où l’esprit dans du coton, la tête sur le coude, les yeux mi-clos, j’entendais le carillon, qui battait la mesure dans la pièce muette. Ma grand-mère travaillait notamment, au cinéma de l’étoile, elle faisait le ménage. J’y suis allé quelque fois avec elle, impressionnant. Un cinéma vide, très impressionnant. On récupérait les affiches de Josélito. Je m’en souviens d’une, il était habillé en seigneur monté sur un cheval superbe et noir, debout sur ses postérieurs. En tout cas elle avait des entrées gratuites, ce qui fait qu’avec mon grand-père ils allaient de temps en temps voir un film. Et nous, dés qu’ils avaient le dos tourné, on sortait de nos lits, et on allait jouer avec les copains et copines dans la rue, en surveillant bien, le moment ou il y aurait du mouvement, qui signalerait la sortie du cinéma. Mais nous aussi on en profitait du cinéma, on voyait donc tous les Josélitos, mais aussi Ben-Hur, et autres. Ben-Hur, m’avait également beaucoup marqué. En plus du film, faut dire, qu’il y avait aussi l’aventure de la promenade nocturne, les rues, soudain étaient remplies de mystère, d’étrangeté. Nous découvrions d’autres lieux, d’autres endroits, inconnus le jour. Notre domaine, c’était la rue des Mathias, on pouvait encore y jouer. Un tas de jeux nous y était permis. Nous y étions les Rois. Le dimanche, souvent la plage, nous attendait. La plage En Roux, pour l’après-midi, ou Aytré pour la journée. Nous allions à pied. Pour aller à Aytré, mon grand père chargeait sa remorque, celle qu’il accrochait quelque fois à sa mobylette. Partir pour la journée, était pour nous les enfants, une aventure extraordinaire. Avec beaucoup d’entrain à l’aller, et les jambes très, très lourdes au retour. Quels merveilleux souvenirs, que ces jeux dans les barques échouées, sur le sables ou dans la vase. Les pêches aux crevettes, aux bigorneaux, (par chez nous appeler guignettes) et autres coquillages, les galopades dans ce que nous appelions des dunes. Les coups de soleil violents, (dont un qui m’avait provoqué des cloques, sur les bras, et permis de rater l’école quelques jours. Bonheur). A la plage En Roux, il y avait aussi une butte de tir pour l’armée, on y allait récolter les douilles percutées. Le jeudi après-midi, était réservé à nos visites chez une tante, qui habitait en face de la piscine municipale, qui s’appelait le Bastion. Ces visites n’étaient pas totalement désintéressées, puisque il y avait la télé, et un super goûter. La télé, une seule chaîne en noir et blanc. Les programmes commencés à cinq heures, et le jeudi uniquement, les autres jours se devaient être dix-neuf heures. Il est neuf heures, et dimanche, la petite remorque est pleine, on va pouvoir prendre le chemin de la plage d’Aytré. Il y a bien sûr ma grand-mère, mon grand-père, qui se charge de pousser la remorque, dans laquelle, on a entassé les victuailles, les vêtements de rechanges, le parasol, quelques seaux et pelles en plastiques. Faut dire que Aytré, pour nous, à pied, c’est pas la porte à côté. Une véritable expédition. Il y a aussi mon oncle, Jacky, qui a peu de différence d’âge avec moi, et tous les deux toujours ensemble, surtout quand y a des conneries à faire ! Aytré, pour nos petites jambes de neuf, dix ans, c’est loin très loin. Mais, la joie d’une journée à la plage, nous fait oublier les fatigues. (Il n’en sera pas de même au retour.) Nous ne pensons qu’aux jeux qui nous attendent, au repas pris en plein air, et en famille, à la pêche aux crevettes, à la découverte d’épave qui nous ferait tour à tour pirates et corsaires. Et puis, Aytré c’est une plage de sable, alors que en Roux c’est quand même que du galet. Moins agréable. On passe devant les usines de traitement de farines de poissons, l’odeur, l’horreur ! Un peu plus loin, un café, il est à l’angle d’une rue qui mène à la plage en Roux, je passe devant, en pensant que pour aujourd’hui, on s’offrira le luxe d’Aytré. Je me sens heureux ! La remorque fait un bruit uniforme, un genre de ronronnement. J’aimerais bien la pousser un peu, mais j’ose pas demander. Et puis, ça doit être très lourd à pousser. On avance toujours, quelques rares voitures nous croisent ou nous doublent, je reconnais une 4 CV, ça c’est la voiture que je m’achèterai quand je serai grand, une 203 break, une aronde break aussi, je crois bien que c’est la voiture des boulangers. C’est très difficile, pour nous de se ranger, car les bas-côtés font une butte. Au loin on commence à voir la mer, moment magique, le jeu est proche. Une Panhard vient vers nous, j’adore ces formes arrondies, je la fixe elle est bleue pâle, elle est belle, c’est une comme ça que j’aurai aussi plus tard ! Mon père, lui a une 203, très rigolote, parce que quand il veut tourner, il nous demande, de donner un coup de poing dans le custode, pour faire sortir la flèche, du côté qu’on tourne. Mais, moi je vois pas souvent mes parents, ils sont toujours en « déplacement », c’est pour ça que je vis chez mes grands-parents ! Nous voilà arrivés, maintenant il faut choisir un beau coin, enfin nous les enfants on s’en fout du moment qu’on ait de l’espace ! La marée est basse, on peut aller ramasser quelques coquillages, mais après la bande de sable, il y a que de la vase, j’aime pas trop parce que quand je marche dedans ça pue ! Mais ça fait rien, j’y vais quand même, au début ça fait drôle, la vase remonte entre les doigts de pied, c’est bizarre comme sensation. Des fois, je me fais peur mes pieds s’enfoncent plus dans certains endroits, et je pense au sable mouvant dont on m’a tant parlé à la maison. Nous avons trouvé deux bouts de bois, Jackie et moi, nous voilà donc partis dans un combat sanglant, et sans merci, je suis le corsaire, il est le pirate Nous sommes montés dans une vieille barque, abandonnée, défoncée, il y a sûrement longtemps qu’elle n’a pas pris la mer. D’ailleurs, on la connaît bien, elle est là depuis toujours, elle attend chacune de nos visites. A notre arrivée, elle se transforme instantanément, en trois mats. Je n’ai plus qu’à sortir victorieux du combat, pour sauver et mon bateau, et ma cargaison. Car, nul doute que le pirate en veut à ma cargaison, pour aller la cacher dans une île aussi lointaine, qu’inconnue ! Il est déjà l’heure de manger, c’est incroyable comme les adultes ont le don de toujours appeler les enfants au mauvais moment. Mais, comme on a faim, et qu’il est pas question de désobéir, on les rejoint, et on remet la fin du combat à plus tard. Faut dire, que nos jeux avaient fini par nous entraîner un peu loin. On arrive en courant dans des gerbes de sable, ce qui nous vaut une engueulade ! J’aime bien manger sur la plage, et j’aime pas, j’aime bien parce que c’est sympa, mais j’aime pas parce que justement avec le vent on mange souvent aussi du sable, c’est dégueulasse ! On mange des œufs durs des patates bouillies, des tomates, du riz, le tout mélangé, et bien sûr comme je le disais tout à l’heure un peu de sable. C’est bon quand même, on avale plus qu’on ne mange faut dire que le combat n’est pas fini, et faudrait quand même voir à ce qu’il y ait un vainqueur. Et puis avant ce soir on a encore plein de choses à faire. Ce que j’aime bien aussi, c’est quand on joue au chevalier Bayard, ou à Thierry la fronde, ou à Ivanhoé. Bien sûr, on se bat souvent d’abord, pour savoir lequel de nous deux fera tel ou tel rôle ! Alors on décide souvent, en faisant un jeu, on se met loin l’un de l’autre, et on avance en mettant talon contre pointe du pied, et c’est quand on arrive l’un sur l’autre, le dernier qui n’a pas la place de mettre son pied a perdu, et donc c’est le vainqueur bien sûr qui choisit. Mais aujourd’hui pour une fois on était d’accord. Le soir arrive il faut rentrer, et c’est dur pour deux raisons le dimanche est fini, mais surtout le lundi va pas tarder à commencer. Et là, je me rend compte, que j’ai complètement « oublié » de faire mes devoirs, je vais encore essayer de me faire tout petit, d’être invisible, toute la journée d’école, mais c’est bizarre on dirait toujours que les maîtres ont un sens très développé pour ce genre de choses, car j’y ai droit presque à chaque fois, et comme à chaque fois je n’ai pas appris mes leçons et ben j’ai droit à un zéro. Et des zéros, je les ramasse comme avec une pelle, j’en fais collection. Comme d’autre font collection de timbres. En plus l’instit, m’arrache les cheveux, là ou ça fait mal, les cheveux des tempes, des fois je gueule ! Mais moi ça me rapporte des engueulades, mais enfin avec ma grand-mère ça va elle me dispute pas trop ! Bref, nous voilà sur la route du retour, et c’est là que c’est dur, très dur, après la marche du matin, les jeux à ne plus pouvoir bouger, la natation, et bien c’est vraiment très dur de rentrer. La maison, enfin. Mon lit, repos, mais on a encore la force avec mon oncle de se raconter des histoires, pas trop longtemps quand même, parce que la journée a vraiment été bien remplie. Vivement dimanche ! Et à demain. Lundi matin, huit heures, je me lève, ma grand-mère est déjà partie travailler, Jackie, me suis de pas loin. Je passe devant le robinet de la cuisine, eau froide beurk, j’en profite que ma grand-mère, n’est pas là pour le regarder seulement. Petit déjeuner, puis vaisselle des bols, ce sera le seul contact avec l’eau pour aujourd’hui. Je vais pas vous raconter l’école, laissez moi y aller tranquille, enfin, quand je dis tranquille, je pense aux devoirs, que j’aurais peut-être du faire,. On verra bien ! Il est neuf heures moins le quart, y faudrait que j’accélère le pas, mais Jackie a rencontré ses copains et on parle, on parle. Y en a qui nous raconte le programme télé de la veille, et nous on en rajoute, pour faire croire qu’on a vu ! Ça nous arrive parce que des fois on va au Normandin, c’est un bar, y a la télé, derrière dans une salle, où il y a aussi, un baby-foot, et un billard. On y va surtout le dimanche soir, après le match de foot, justement, moi je joue pas le foot, j’ai toujours trouvé ça con. J’y vais pour accompagner mon oncle, moi pendant qu’il joue, je cherche sous les tribunes, des fois on trouve des petites pièces. Mais c’est rare quand même. Et puis sous les tribunes quand y a des filles des fois on peut voir leurs culottes, c’est drôlement chouette. YVES RABEAU Aujourd’hui jeudi on ira pas voir la télé chez notre tante, les patates sont bourrées de doryphores. À nous les enfants de les ramasser. J’aime bien quand même, on les met dans une vieille boite de conserve, et après on les fait brûler, super. Faut dire que c’est une vraie saloperie ces bestioles, ça bouffe toutes les feuilles des pommes de terres, et après y nous reste plus rien à manger ! J’aime bien être dans le jardin, j’ai plein de choses à y découvrir, j’y suis heureux. On est allé chez nos voisins, les enfants c’est des copains, on a vu la télé ils l’ont, eux, c’était l’enterrement du pape jean XXIII, ça m’a scié, y devait être riche parce que bonjour la dorure ! Je sais même pas qui c’est ce mec. J’ai demandé à mon grand père, j’ai rien compris, tout ce que je sais c’est qu’il l’aime pas ! Enfin bref j’ai surtout compris que c’était un sujet à éviter. Je suis rentré une fois dans une église, c’était avec mes parents, mais moi je crois que tant que les hommes s’occuperont de Dieu, Dieu aura les larmes aux yeux ! Enfin, je pense ça quand je suis croyant, parce que en principe je suis pas du tout croyant ! Mon grand père il est communiste, je crois, comme Dieu, si on lit bien l’évangile Dieu était communiste, c’est les hommes qui ont mis de la dorure et de la dentelle partout, c’est triste, c’est peut-être à cause des hommes qu’on croit pas en Dieu ? En tout cas, nous on va pas à l’église, comme ça le dimanche on peut faire autre chose ! Des fois, quand j’habitait chez mes parents, rue Fleuriot, le soir on allé jusqu’à Tasdon à pieds bien sûr, de la rue Fleuriot, on descendait la rue du palais, sous les arcades, jusqu’à la grosse horloge, on prenait les quais, et on allait jusqu'au square qui donnait sur le bassin des gros bateaux de pêche, il y avait un petit phare violet pour guider les navires, et en face un pont levis. J’ai su plus tard que ce pont avait en fait été prévu pour Marseille mais jugé pas suffisamment large avait été revendu, et installé à la Rochelle. Gamin, quelle joie de le voir se lever pour laisser les bateaux entrer ou sortir du port. Donc, pour en revenir au square, à certaine saison on y trouvait des vers luisants que je prenais et que j’enfermais dans une boite, puis on continuait notre route passant sur le pont de Tasdon. Après, sur le trottoir, il y avait un petit muret sur lequel j’aimais grimper et y marcher jusqu’au bout, ensuite on passait devant l’école Bouchet où j’allais quelques fois, quand mes parents me laissait chez ma grand-mère. Ensuite on arrivait rue des Mathias, ma rue.

Yves Rabeau

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27 mai 2006

Alexandre suite 2

En tout cas, elle dit que du bien de moi !

Je l’aime trop, pour faire un scandale à ces harpies !

Mais mon amour propre en a pris un coup, c’est vrai que je viens de nulle part !

Ce qui est sûr, je ne suis pas un enfant de l’amour, je ne suis qu’un enfant du sexe !

Et leur dis, bien en face.

Papa, se lève en vitesse, m’attrape par le bras, et m’entraîne dans la cuisine, toujours d’un pas vif.

-         Alexandre, s’il te plait, pour ce soir, je te le demande comme un service, j’ai besoin de ces gens là, pour quelques temps, alors tiens toi bien, et crois moi que si je pouvais, je les aurais foutus dehors, mais sincèrement je ne peux pas, Alexandre, je t’aime comme mon fils, alors ce que les autres peuvent dire, tu t’assois dessus, excuse-moi l’expression. S’il te plait !

Je lui fais un bisou, c’est vrai, c’est la première fois, que je l’entends parler presque vulgairement !

Il me rend ma bise, et, ça c’est quand même le plus important, en plus il passe sa main dans mes cheveux, donc c’est sûr il ne m’en veut pas !

On retourne avec les autres, papa m’entoure les épaules, avec son bras, bien leur faire voir !

Émeline m’arrête au passage, je m’assieds, et on décide, en se parlant à l’oreille, de se moquer des gens qui sont-la, jusque à la fin de soirée !

J’ai le sommeil agité, cette année, pas de Baptiste, pas de père Noël, pas de traîneau, pas de distribution de jouer, pas de vol au-dessus des villages enneigés.

Une nuit normale, je me tourne, Émeline, est là tout prêt de moi, je la regarde dormir dans la pénombre, elle est encore plus belle le visage reposé.

Je lui fais un bisou léger sur les lèvres, comme sait si bien le faire maman ! On appelle ça un bisou papillon !

Et puis, je la regarde comme ça, jusqu’au petit matin.

La fatigue sûrement, je me rendors, malgré le jour visible par les interstices des très vieux volets.

Ce sera une journée ensoleillée, c’est ma dernière pensée consciente.

On me secoue, je regarde hagard, c’est maman, déjà fraîche ! Toujours fraîche !

Elle me dit : - Tu réveilles ta sœur, et vous descendez, le père Noël est passé, et elle me fait un clin d’œil !

Je secoue Émeline, juste ce qu’il faut pour qu’elle râle, et on descend aussitôt en pyjama !

D’ailleurs, on ne descend pas, on dévale l’escalier !

C’est à qui arrivera le premier, alors que ça ne sert à rien puisque nous devons tous nous attendre !

Papa est déjà en costume !

Au top départ, on se précipite sur les cadeaux, parents comme enfants.

Quand j’ouvre le mien, je découvre un jeu d’échecs, je suis content : mais un peu déçu !

Surtout, je ne fais pas voir ma déception !

Une fois que tout le monde a fini d’ouvrir ces paquets, papa comme si il avait oublié s’écrit :

-         Ah ; Alexandre, où avais-je la tête, tiens !

Et il me tend une enveloppe !

J’ose pas trop ouvrir, je me sens inquiet, un peu !

C’est une grande enveloppe, en kraft, j’ouvre doucement, maman dit :

-         Allez grand bêta ouvre !

Et j’ouvre !

Dedans, il y a des papiers, un acte de propriété d’une jument !

En plus à mon nom, j’ai peur de mal comprendre, j’ai peur de me tromper, alors papa me dit :

-         Eh oui, tu étais le seul à ne pas avoir de cheval, alors voilà c’est réparé !

Et là j’ai pris mes parents dans mes bras, et j’ai pleuré, mais pleuré comme jamais !

-         Allez viens, on va la voir, elle est derrière, dans le champ.

Elle est belle, très belle, maintenant, il va falloir que j’apprenne à monter vraiment !

Ils lui ont mis un turban autour de la tête, avec un nœud, comme pour un paquet !

Je le lui enlève, et je lui caresse le museau, je l’aime déjà.

Je m’approche de mon père, je le remercie encore, et je lui demande :

-         Papa, je voudrais m’appeler Berthod ; Alexandre Berthod !

Ça fait longtemps maintenant que j’y pense !

                        Grand-mère apparaît sur le pas de la porte, je suis sûr qu’elle guettait :

-         Bonjour mamie !

Je la serre très fort contre moi, après ce câlin, rapide mais violent.

-         je te présente ma sœur, elle s’appelle Émeline !

-          Tu connais déjà mes parents.

Après les présentations, Émi, me demande si on pourra aller voir où j’habitais, avant ?

Émi, c’est comme ça que je l’appelle de temps en temps !

J’aime bien : Émi ! Ça fait presque Ami !

On en est au gâteau, quatorze bougies, quatorze lumières, quatorze années !

Et encore un cadeau à ouvrir, de la part de ma grand-mère !

Plus, encore une enveloppe !

Et dans l’enveloppe, que j’ouvre après avoir soufflées mes bougies sous les acclamations de la famille, j’y trouve une carte de bonne anniversaire, de la part de mes parents d’avant.

Je prends le beau briquet en or de papa, qui est posé à côté de son paquet de cigarettes, et qui a servi à allumer les bougies, et je fout le feu à la carte !

Personne ne m’a empêché, et personne ne dit rien ! Encore heureux !

Je lève ma coupe de champagne, et je m’exclame :

-         A la santé des gens que j’aime, et je crois qu’ils sont tous là !

Tous lèvent leur verre, et cette fois, à ma santé à moi !

Émeline, trempe ses lèvres dans ma coupe, parce que, elle est trop jeune pour en avoir, en plus c’est une fille !

Mamie m’a offert un pull, un pull qu’elle a fait elle-même, il est tout doux, et surement très chaud.

On aide tous mamie à débarrasser, et à faire la vaisselle, maman oblige grand-mère à s’asseoir, c’est vrai qu’elle a vieilli depuis la dernière fois que je l’ai vu ! Drôlement même !

                        On marche tranquillement, emmitouflé dans nos manteaux, moi, j’ai mis, dessous, le pull à mamie, surtout pour lui faire plaisir !

On marche dans le chemin creux, qui mène chez moi d’autrefois !

Émi, me donne la main, bientôt on apercevra la ferme, une angoisse monte en moi, pas une angoisse de peur, mais une angoisse de souvenir !

La ferme est toujours aussi sale, j’ose quand même pas trop m’approcher, non, j’ose pas !

Je me croyais plus fort !

Émeline, est super dégoûtée, déjà chez mamie elle faisait un peu la fine bouche, faut dire qu’elle a trop l’habitude du luxe.

C’est vrai que moi aussi, je ne pensais pas que c’était comme ça, je me rappelais plus !

Émi, elle est brune, les cheveux pas trop longs, mais pas trop courts quand même, les yeux verts, intenses, le teint pâle, fragile, un visage un peu ovale, des lèvres très rouges, et puis surtout, des tâches de rousseur partout, et ça j’adore ! Plus des dents très, très blanches !

Moi mes dents, j’oublie encore souvent de les laver, sauf quand on sort, où quand Émeline se moque de moi, alors là je cours à la salle de bain.

Ma sœur me regarde, et me dit :

-         C’est là dedans que tu vivais ?

-         Ben oui !

On rentre par le chemin des écoliers, je l’emmène sur la tombe de mon frère, elle ne savait pas !

Sur sa tombe, il y a marqué :

Né le 24 janvier 1955.

Décédé le 2 août 1956.

À notre cher Ange.

Sa tombe est bien blanche, elle a toujours été bien entretenue !

Avec sa photo, en plus !

Moi, aujourd’hui, pour la première fois je lui dis à Henri : - Tu n’a pas eu ma chance !

Papa laisse tourner le moteur, pour réchauffer un peu l’habitacle.

Pendant ce temps là, on dit bonsoir à mamie, maman l’a invitée à passer une journée chez nous à la campagne, pendant les vacances de Noël, alors forcément elle est contente, et un peu moins triste de me voir partir.

Direction les vacances, c’est bizarre, mais seulement maintenant je me sens libre, comme si ma mémé, était le dernier lien avec mon ancienne vie !

Il fait nuit noire, papa roule prudemment, ça glisse, normalement il faut une heure et demi pour faire la route, mais là Dieu seul sait quand nous arriverons, on parle un peu avec ma sœur, elle demande :

-         Qu’est-ce que ça te fait d’avoir un frère qu’est mort ?

-         Rien !

-         Non, je crois rien du tout, juste de la tristesse !

Et maman :

-         Comment ça un frère qu’y est mort, Alexandre n’a pas de frère voyons !

-         Mais si maman, je t’assure, on est allé sur sa tombe ce tantôt, il s’appelle Henri !

-         C’est vrai ça Alexandre ?

-         Ben oui !

-         Pourquoi tu ne nous en as jamais parlé ?

-         Parce que ça vous regarde pas !

Silence dans la voiture !

-         Excusez-moi ! Je voulais pas dire ça ! j’aime pas parler de mon frère, parce que lui, ses parents l’aimaient !

Papa, qui n’avait rien dit jusque là :

-         Ne t’en fais pas, nous comprenons !

Je regarde sur le côté, que du blanc dans la nuit !

Les phares de la voiture éclairent les fils électriques, qui font des vagues de poteaux en poteaux !

Demain, je me lèverai de bonne heure, j’irai voir ma jument, on l’a emmenée au centre équestre ce matin avant de partir !

Je vais pouvoir passer le reste des vacances avec elle !

Enfin, peut-être pas toutes quand même, mais faut que j’apprenne à monter un peu mieux, j’ai besoin de travailler en manége !

Comme ça, aux beaux jours, on pourra faire des vraies promenades !

Partir toute la journée, avec le pique-nique !

Je rêvasse, tout le temps du trajet, j’aime bien rêvasser, surtout au bonheur !

Quand papa entre dans la cour de la propriété, hop, je fais semblant de dormir, pourquoi ? Ben tout simplement pour qu’il me prenne dans ses bras, qu’il me porte dans ma chambre !

Fectivement, seulement, dans l’oreille, il me glisse comédien, je sais bien que tu ne dors pas

Je lui fais un clin d’œil !

Et on éclate de rire. Mais il me lâche pas pour autant !

Quand il me dépose sur mon lit :

-         Papa, je veux vraiment m’appeler Berthod ! Vraiment, c’est pas un caprice !

-         On dit ce n’est pas un caprice !

-         Papa !

-          Écoute tu n’es pas adoptable, tu a des parents, et peut-être qui t’aiment,… à leurs manières !

-         Papa, tu me dis plus ça, d’accord, s’il te plait, autrement je te raconte, tout ! Et tu verras tout, c’est beaucoup ! Je veux plus qu’on me parle d’eux, jamais ! Papa je t’aime, je vous aime toi, maman, Émi !

-         Alexandre, je t’aime ! Je t’aime comme j’aime Émeline, et en plus, tu es un garçon ! Là dessus dors bien mon fils, parce qu’il est tard, très tard !

Le lendemain matin, comme j’aurais pas dû me promettre j’ai vraiment du mal à me lever, mais je me suis promis !

Je m’habille en vitesse par dessus mon pyjama !

Je prend le vélo à Émi, et je fonce au centre équestre, il est à peine huit heure, mais je vois des gens qui s’activent, alors je gueule pour qu’ils s’aperçoivent que je suis là, finalement il  y en a un qui vient m’ouvrir !

Un que je connais de vu.

-          Qu’est-ce que tu veux bonhomme ?

-          J’ai une jument en pension, et je viens pour la soigner !

-          Tu sais ou elle est ?

-          Ben ouais !

-          Alors débrouille toi !

Alors, je !

Je lui ai apporté un quignon de pain dur et du sucre, mais ça c’est juste pour mieux faire connaissance !

Je la monterais bien, mais je sais pas si j’ai droit, je préfère voir ça avec papa !

Petit déjeuner : ils se moquent tous de moi à cause de mon pyjama, qui dépasse de mon pull.

-         Tu as dû avoir l’air malin là-bas ! me dit papa.

Je réponds pas, mais je sais qui dit ça pour de rire !

Alors ça me fait rien.

-         Papa, si on habitait là toute l’année ?

-         Ah !… écoute tu me prends au dépourvu, c’est vrai que j’y ai déjà pensé, même avant que tu arrives, il faudrait vous changer de collège, je ne sais pas trop si ce serait un bien ! Après l’année scolaire peut-être !

-         Mais papa, je suis sûr que ce serait mieux pour tout le monde, on en a déjà parlé avec maman et ma sœur !

-         Évidement elles sont d’accord !

-         Ben oui !

-         Écoute mon chéri, on en reparlera, je te promet, mais laisse moi y réfléchir, un peu !

Papa, doit partir après le repas, lui il n’est pas en vacances !

Aujourd’hui, c’est dit j’écris à Joachim, une carte postale de bonne année, toutes façons y a pas le feu puisque il ne pourra l’avoir qu’après les vacances !

Je monte dans ma chambre, et je m’installe sur le lit allongé sur le ventre, la tête soutenue par une main, de l’autre la gauche, je tiens un stylo et j’écris :

Mon Joachim !

Ne crois pas que j’ai pu t’oublier loin de là, chaque jour, tu es présent dans ma tête, ton beau visage, tes mains fines et longues, tes jambes, quand on faisait du sport et que tu étais en short, ton sexe quand tu te changeais sans aucune pudeur !

Les fêtes de Noël se sont bien passées pour moi, j’ai la chance d’avoir une famille formidable, je compte bien me faire adopter, j’y travaille, j’ai un père extra, une mère formidable, et une sœur extraordinaire, on fait tout ensemble, en plus on est dans la même classe, elle me fait faire mes devoirs, j’ai vachement fait monté ma moyenne, je dis vachement mais j’ai plus le droit de parler comme ça !

Voilà, j’ai découvert la belle vie, ta dernière lettre m’est bien parvenue, mais papa a hésité pour me la donner !

Donc tu peux continuer à m’écrire, je suis sûr qu’il me donnera les prochaines ;

                                   Ton Alexandre qui n’aime que toi et pour la vie !

                                                                       Ton Alex. Pour toujours.

            Ps : J’attends une lettre dès la rentrée !

Je reste comme ça sur mon lit, à rêver, je rêve de Joachim, j’espère qu’il ne grandit pas trop vite, j’aimerais pas qu’il change trop, il était tellement beau !

Juste en fermant les yeux, j’ai son regard bleu qui me transperce la tête, ce regard qui devine tout en moi !

Un coup de vent entre dans ma chambre, c’est Émeline qui arrive à fond les gamelles :

-         Alexandre regarde dehors il neige, des flocons énormes, viens vite voir ! Tiens tu écris à qui ?

-         À Joachim !

-         Je peux lire ?

-         Oui si tu veux !

Effectivement dehors ça tombe, je crois que je me lasserais jamais de voir la neige tombée, même quand je serais adulte !

On est juste en pull, on n’a pas eu le temps de mettre les manteaux, maman elle aussi est avec nous, on a décidé de faire un bonhomme de neige !

Je sais pas ce que ça va donner, mais on peut toujours essayer !

J’irai mettre ma lettre dans la boite en allant chercher le lait à la ferme.

Émi m’a dit, que Joachim avait bien de la chance !

J’ai un peu peur qu’elle soit jalouse !

Notre bonhomme avance, pas vite mais il avance, dans les rires, de temps en temps, il y en a un qui glisse, surtout moi, ça amuse tellement ma sœur, chaque fois que je tombe elle rit aux éclats, maman aussi s’amuse beaucoup, et moi à chaque fois je me retrouve les quatre fers en l’air ! Le bonheur !

Je regarde le ciel, et je sais que ça ne finira pas de tomber tout de suite !

Pourvu que papa puisse rentrer !

Maman, nous a fait des lentilles à la crème, elle sait que j’adore ça, et papa aussi, Émi moins.

D’un coup :

-         Papa, j’ai écris à Joachim, est-ce que je peux lui envoyer mon courrier ? J’ai pas encore fermé l’enveloppe, si tu veux lire ?

-         Non, je ne veux pas lire ! et oui, tu peux l’expédier !

J’ai préféré être honnête avec mon père, je voulais qu’il sache, voir sa réaction, j’ai vu !

-         J’aimerais bien, un jour, visiter le château de Versailles !

Clin d’œil à Émeline !

-         Tu préfères Joachim à moi ?

Il fait nuit, encore une fois on couche dans le même lit, je ne sais pas quelle heure il est, mais sûrement pas loin de minuit !

-         Pourquoi tu me réponds pas ?

-         Je réflèchis !

-         À quoi !

-         À rien !... Je t’aime tellement que je ne voudrais pas te faire de la peine, jamais, je t’aime comme une sœur, d’ailleurs tu es ma sœur ! même, je crois, plus encore !

-         Alors pourquoi Joachim !

-         Vaudrait mieux qu’on dorme, demain on a cours !

Deuxième trimestre : Dur, très dur, je voudrais bien faire encore des progrès, mais j’ai bien du mal ! Du coup le jeudi, je prends des cours particuliers, ça me fait un peu chier, parce que j’aime mieux regarder la télé avec Émi, déjà que les émissions durent pas longtemps, ça ne commence qu’à cinq heures, en plus dans notre village on capte pas la deuxième chaîne, on a que la première ! Bref pour les cours particuliers, ma sœur a dit à papa qu’elle aussi elle sentait qu’elle en avait besoin, alors on y va ensemble, de quatre à sept, faut dire que moi j’en ai besoin dans presque toutes les matières !

On a changé d’année, je sais pas pourquoi, peut-être le chiffre, mais 1972, ça m’a fait quelque chose.

Cette fin de janvier le temps est devenu très doux.

Très doux, alors forcément il pleut souvent !

Et puis cette année, c’est les jeux olympiques, je crois les vingtièmes, cette fois c’est à Munich ! Ça me fait pas trop grand-chose, mais au collège les autres il ne parlent que de ça, on a encore le temps c’est fin août début

septembre !

Moi ce qui m’a beaucoup fait de peine c’est les affrontements, en

Irlande, treize morts, au nom de la religion, vraiment ça m’a fait pleurer, je dois être trop sensible, si bien que papa a décidé que je ne regarderai plus les infos.

Ah oui ! J’allais oublier, Maurice Chevalier qu’est mort le 1er janvier, là ça m’a rien fait, mais à papa oui, il l’aimait bien, en plus il a des disques de lui, mais moi quand je peux me barrer quand il l’écoute, j’hésite pas !

Ce qui m’intéresse par contre c’est le lancement de Pioneer X.

Alors ça oui ça m’intéresse ! Et j’attends avec impatience, en plus l’espace, c’est aussi une passion de papa ! Alors.

C’est une sonde envoyée par les américains, elle va être lancée d’abord vers Jupiter, puis après elle s’en ira vers l’inconnu, dedans il y a des messages, pour si elle rencontre des extras-terrestres ?

Je suis sûr, que si Baptiste venait encore me voir, eh ben, il pourrait m’emmener avec lui pour suivre la sonde ! Sûr !

Pour les vacances de février, on va à la neige, maman s’est occupée de louer un chalet, papa lui a bien dit « surtout un chalet isolé ».

On partira par le train, et en première classe, couchettes, en plus.

Papa l’autre soir m’a ramené « la balade des gens heureux », j’adore cette chanson, et faut croire qu’il le savait ?

Et pour Émi, un pas intéressant de Julien Clerc !

Tout les week-end papa nous emmène quelque part, souvent c’est dans notre résidence secondaire, et ça j’aime !

Où alors, on visite des lieux, surtout des châteaux !

Il en profite pour me raconter la France d’avant, comme grand-père, mais pas de la même manière, lui il est pas royaliste.

Je lui en ai parler du royaliste grand-père, alors lui il m’a dit chacun ses idées, mais je sais que c’est pour pas me vexer en disant du mal de papy.

N’empêche que pour un pas royaliste, il aime drôlement l’histoire, et même je suis sûr qu’il aime les gens de ces temps là, autrement il ne raconterait pas aussi bien !

Quand on part comme ça, on va toujours à l’hôtel.

La belle vie !

Et bientôt Versailles !

En tout cas je travaille de plus en plus, parce que je sais le métier qui m’intéresse, « Historien » !

Et maintenant, je sais que c’est ça mon métier plus tard.

Bien sûr j’en ai parlé avec papa, et avec mon prof d’histoire, ce con il croyait que c’était pour enseigner, non, non moi c’est juste pour rechercher, apprendre des trucs, savoir quoi !

L’assistante sociale passe souvent le jeudi, elle pose des questions à maman, des fois aussi elle prend rendez-vous avec papa, pour voir où j’en suis !

Après, elle me questionne moi ! Je lui ai demandé si je pourrais être adopté par mes parents, elle a dit comme papa, je suis pas adoptable !

En plus elle m’a dit que c’était provisoire chez eux, et qu’il fallait pas que je m’attache, parce qu’un jour je retournerais sûrement chez mes vrais parents !

Alors là, ça m’a scié !

Je lui ai répondu que mes vrais parents c’est les Berthod et puis c’est tout.

Ça ne lui a pas plu, parce que forcément c’est elle qui a raison, puisqu’elle est adulte !

Bref, je me suis renfermé à clef dans ma chambre, papa, et maman, se relaient pour me demander d’ouvrir, mais je veux voir personne pour le moment.

Personne, sauf ma sœur ; Et si on nous sépare, comment je vais faire ?

C’est elle d’ailleurs qui vient me porter à manger, alors j’ouvre, sur le plateau, deux repas, je suis content qu’elle ait pensé à manger avec moi.

Je referme à clef derrière elle !

On mange, sans parler, sans se regarder, je pense, je pense que si on me sépare d’eux, ben, je sais pas ce que je pourrais devenir !

Quand on a fini de manger, Émi descend le plateau, je sais qu’ils vont lui demander comment ça se passe !

Vers dix heures, je descends, j’ai besoin de leurs dire bonne nuit, avoir mon baiser du soir, maintenant c’est important !

Émeline, est à un goûter d’anniversaire, il y aura des garçons, et ça j’aime pas !

On a déposé maman chez sa coiffeuse, du coup on est que tous les deux, papa et moi !

Maman nous a dit qu’elle rentrerait en taxi, si bien qu’on a tout l’après midi entre-homme !

Et je suis fier de marcher au côté de mon père !

On se balade dans la ville, on va choisir une nouvelle cravate, une qui aille bien avec mon costume, pour le collège !

Parce que dans mon bahut privé, c’est obligatoire !

Costume cravate, garçons, et jupe plissée, filles avec chemisier blanc,

et chaussettes montantes !

Un jour, j’ai eu deux heures de colle, motif, chaussures sales.

Maintenant je fais gaffe, mais en principe c’est maman qui les cire !

Après il m’emmène dans un salon de thé, là j’aime, gâteaux à volonté, chocolat chaud, lui il se contente d’un thé citron.

Je le surprends en train de me regarder, il sourit faut dire que je suis en train de m’empiffrer, et ça l’amuse !

On est bien tous les deux.

-         Alexandre, dimanche prochain, on se fait Versailles !

Surprise ! Là je m’y attendais pas, ça risque d’être juste pour faire prévenir Joachim.

Mon Joachim.

                                   Dimanche prochain, on visite Versailles, (le château), essaye de surveiller l’entrée, parce que je sais pas à quelle heure on arrivera, (ce seras l’après-midi) mais je t’en supplie, soit-là, voilà, je viens tout juste de l’apprendre, je te préviens aussitôt, reste discret.

            Tu me manques toujours autant, ça m’a vexé quand tu me dis dans ton dernier courrier que tu t’inquiètes de mon honnêteté vis-à-vis de toi, ma sœur n’est que ma sœur, ne va rien imaginer de plus, je t’assure que tu te fais du mal pour rien, et tu m’en fais aussi !

Encore une fois je t’en supplie fais le maximum pour être là !

Je ne supporterais pas de te manquer, l’occasion est trop unique !

Je pense souvent à toi, comme tu dois avoir changer, enfin j’espère pas trop quand même ?

           Ton Alexandre qui t’aime plus que tout au monde !

                                                           Pour ma vie, Alexandre.

            Ps : le jour de tes treize ans j’ai beaucoup pensé à toi !

C’est vrai que pour mes quatorze ans, il m’avait envoyé une carte !

C’était la photo d’un cheval au galop dans une grande prairie très verte, avec quand même du brouillard flou de petit matin.

Cette carte a rejoint mes maigres objets de Joachim, deux photomatons, quelques lettres ! Maigres tout ça.

Plus tous mes souvenirs, et là, ça fait beaucoup !

Bien-sûr le château de Versailles, je connais par cœur à force de l’avoir visité avec Baptiste, mais c’est la première fois que je passe par l’entrée.

Personne, peut-être un peu plus loin, aux caisses ?

Personne, personne, personne !

J’étais tellement sûr qu’on se verrait !

J’ai du mal à cacher mon désarroi.

Je demande à maman, et papa si je peux rester dans le parc, parce que franchement j’ai pas envie de me taper la visite.

On se donne rendez-vous à un point de rencontre, et Émi m’accompagne.

Elle, elle sait ce qui se passe, puisque je lui avais tout raconté.

Alors on visite les jardins, plutôt, je me promène en pensant à autre chose !

Je suis tellement déçu !

Après une heure, on a vu presque toutes les marques d’arbres qui puissent exister, fatigué on s’assoit sur un banc.

Le banc est dans un genre de bosquet, au détour d’une allée.

Et c’est là que c’est arrivé.

C’est là qu’Émi, a mis ces deux mains sur mes joues, j’ai vu son visage s’approcher, son haleine devenir de plus en plus chaude, ses lèvres se poser, sur mes yeux, mon nez, ma bouche.

Presque sans le vouloir, mes lèvres se sont ouvertes, et là nos langues se sont rencontrées !

Je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais c’était trop court, et très long en même temps ?

J’avais dans ma verge, une telle violence, que je n’ai rien pu retenir !

Honteux, honteux d’avoir trahi, d’avoir trahi et Joachim et Émi et mes parents.

Bien sûr faut aussi relativiser, un baiser, c’est pas beaucoup ! Mais pour moi si ?

En plus entre deux coups de langue, elle m’a clairement dit qu’elle m’aimait, ça c’est plus embêtant.

                        C’est arrivé bêtement, elle a voulu descendre une botte de foin, et quand elle l’a prise elle a fait basculer le reste de la pile qui était en bordure du grenier, et le grenier n’a pas de rambarde ce qui fait qu’elle est tombée d’un étage, et le foin a suivi ?

Tout le monde est en noir, ses enfants, ses petits enfants, tout le monde.

On est là bêtement dans la salle à manger, on attend, le corps est dans la chambre du rez-de-chaussée.

Elle est dans le cercueil, bientôt on va aller au cimetière, l’emmener !

Papa et maman, n’ont pas voulu rester avec moi, ils nous attendent à l’église, Émi, elle, elle n’est pas venue, papa n’a pas voulu !

Connement je ne pense qu’à moi, comment Joachim va me retrouver maintenant, toutes les lettres que je lui ai envoyé me sont revenues.

Avec juste un mot :

Ton copain à changer de famille d’accueil, je sais pas où il est, tout c’est fait très vite, il t’écrira chez ta grand-mère !

                                                           Pascal.

Dehors, pas de neige, mais du froid, le soleil éclate de joie, la nature se prépare au printemps ! Avril déjà.

C’est un voisin qui depuis deux jours, s’occupe de la ferme.

Il y a mon ancien père, avec sa femme !

Des fois je le fixe, et c’est lui qui finit par détourner le regard.

Les uns parlent aux autres, on dirait qu’il ne se passe rien, qu’on attend juste pour se mettre à table.

Moi, j’ai pas voulu la revoir, mais ils m’ont forcé.

Même forcé à l’embrasser.

Très froide elle était, très, très froide.

Enfin, des gens arrivent avec une voiture noire.

C’est comme un signal, l’assemblée commence à bouger, déjà s’écarter de la porte de la chambre.

Moi je me réfugie dans la cuisine, je veux pas voir ça !

Il y a Mélanie qui est là, elle boit un verre d’eau, et elle pleure, alors je la prends dans mes bras tous musclés, et je la cajole !

Pour le défiler, derrière l’auto qui roule au pas, il y a un ordre établit depuis la veille, et selon les traditions d’enterrement, d’abord les enfants, ensuite les petits-enfants, après, les cousins-cousines, et puis vient la foule, enfin les habitants du village.

Dans les villages faut dire que ça fait une sortie pour les vieux d’aller aux enterrements, puis ça leur fait voir que, c’est pas encore leurs tours, mais ça viendra.

Je vois papa et maman qui attendent devant l’église, ils battent la semelle.

J’arrive à leurs côtés, je leur prends la main à tous deux, d’abord parce que je veux que tout le monde voit bien que se sont mes vrais parents, ensuite parce que aujourd’hui j’ai vraiment besoin d’eux.

Le corbillard se place en marche arrière.

Les croque-morts sortent la boite, elle est teintée foncée toute vernis avec des belles poignées de bronze, puis ils l’emmènent à l’intérieur.

Et les gens suivent !

Moi je reste en arrière, un de mes oncles revient vers moi, et me force à le suivre, comme je mets tout mon poids, arc-bouter, papa intervient, et demande qu’on me foute la paix, enfin, lui il le dit pas comme ça !

Donc, je me place avec mes parents, au fond de l’église, où un Noël, on avait tous prié ensemble, pour la paix.

Le curé a dit plein de trucs bien, que toute sa vie elle avait aidé les autres, qu’elle avait vécu en bonne chrétienne etc, ect.

Apparemment tout le monde est d’accord.

Après on défile devant le cercueil, on bénit tout ça !

Ensuite on se dirige au cimetière, vu que c’est attenant à l’église on y est vite arrivé.

Je passe devant mon frère

Je m’y arrête un peu.

Mes parents, c’est la première fois qu’ils viennent sur sa tombe.

On reste un peu à l’écart, les larmes que je croyais ne plus avoir se mettent à couler !

                        On est resté mangés, c’est la tradition, pour le moment c’est l’apéritif, papa discute avec mon ancien père, je vois pas ce qu’il a à lui dire.

Du coup, je m’approche, je lui prends la main, et je lui dis :

-         Tu viens papa !

Suffisamment fort pour que ça s’entende bien.

On se met à table, moi entre mes parents.

J’ai tellement peur qu’ils me laissent là, avec eux.

Arrivé aux fromages, les gens sont détendus, ça commence à rigoler.

Je demande la permission d’aller dormir un peu dans la voiture.

Évidemment faut que j’insiste beaucoup, parce qu’il fait très froid dehors, maman veut que j’aille m’allonger sur le canapé, mais ça il en est pas question.

J’ai dû m’endormir, je suis allongé sur la banquette arrière, les mouvements de l’auto me bercent, j’ai un sursaut, est-ce que c’est bien mes parents, mais oui, je reconnais leurs nuques, je reconnais la voiture c’est bien la notre !

Presque aussitôt papa rentre dans la cour, donc j’ai dormi longtemps.

La porte de la maison s’ouvre, Émi, elle nous attendait, elle est en pyjama, en plus c’est mon pyjama !

Elle est belle comme ça en pyjama ; éclairée de dos, par la lumière du couloir, elle me fait comme une apparition.

J’ai attaqué le troisième trimestre, fatigué, entre le bahut, les cours privés, le travail que me fait faire ma soeur, les soirées dans le lit tous les deux où on parle jusqu'à pas d’heure, même quelques fois maman intervient pour qu’on se taise.

Depuis Versailles, on oublie jamais de s’embrasser comme des amoureux, dès qu’on est à l’abri des regards, hop, on en profite.

Par contre où je suis pas d’accord c’est qu’elle l’a raconté à toutes ses copines.

En septembre, on change de collège, papa s’est enfin décidé, on va habité notre campagne à l’année.

Il a même mis la maison d’ici en vente !

Et en plus on est déjà inscrit au nouveau bahut.

Papa et maman m’ont fait plein de compliments pour mes résultats scolaires, à Émeline aussi d’ailleurs, on se partage quasiment toutes les premières places, et quand on est pas premier, on en est pas loin.

Sauf en sport, tous les deux, on n’aime pas ça du tout, alors on veut bien faire des efforts mais faut quand même pas exagérer.

D’autant que le sport ça compte pour du beurre.

Bref, on les a tous pilés.

Et donc ce troisième trimestre, je voudrais faire encore mieux.

Du coup comme mamie n’est plus là, je ne vais plus dans mon autre village.

Mais je sais que Nadine et Alain mes anciens parents, on a nouveau fait une demande pour me ravoir.

Papa me tient au courant de tout ça.

Même, je suis convoqué chez le juge pour enfants.

C’est un vieux que j’ai déjà vu, il me recevras d’abord, ensuite mes parents.

Je vais pour entrer dans le bureau de mon père, sans frapper comme toujours, parce qu’au début, je frappais, et lui il m’a dit que maintenant que je faisais partie de la famille, j’avais pas besoin de m’annoncer à chaque fois que je voulais rentrer quelque part.

Donc, je frappe plus, mais là j’entends une voix assez forte, et ça c’est pas dans les habitudes de papa.

Alors j’écoute à la porte qui est restée entrebâillée.

-         Écoutez, il ne veut plus vous voir, il ne veut plus entendre parler de vous, moi je vous offre une très grosse somme d’argent, alors réfléchissez vite, parce que de toute façon, ma femme et moi nous nous battrons jusqu’au bout. Et je le garderais quand même. Alors mieux vaut s’arranger à l’amiable, d’autant que vous ne l’aimez pas. D’ailleurs si j’avais le moindre doute croyez bien que je n’insisterais pas.

Je vous laisse y penser ! Mais pas longtemps ?

Alors là scié, je suis scié, mon père prêt à payer pour me garder…

Soufflé !

Je rentre dans le bureau :

-         Papa, j’ai tout entendu, enfin presque, je sais pas comment te dire !

-         Eh bien, ne dit rien.

-         Mais tu lui as proposé cher ?

-         Oui très cher, mais ça, ça n’a pas d’importance, je ne veux pas que tu retournes là-bas, maintenant, nous sommes trop habitués à toi, que deviendrions nous sans toi, moi d’abord, mais ta sœur, tu imagines ta sœur le jour de ton départ définitif, et ta mère ?

J’attends, ça fait déjà une heure que j’attends assis sur

ce banc, mes parents à côté de moi, il y a même Émi, qui à préféré raté l’école, exceptionnel, mais elle aussi elle n’est pas rassurée quand à la décision que le juge va prendre !

Ça y est c’est mon tour !

Il m’écoute, le juge, il m’écoute bien !

Quand il a fini d’écouter les réponses que je fais à ses questions, il m’annonce :

-         Premièrement, vous partirez au mois de juillet en colonie de vacances ! Ensuite, on statuera sur votre possible retour chez vos parents ; voilà vous pouvez disposer, et demandez donc à Mr et Mme Berthod d’entrer !

Et voilà, il m’a bien écouté, je suis content !

Papa sort, lui non plus n’est pas content, maman, elle, quoi dire, elle ne pleure pas, non mais ?

On se regarde avec ma sœur, on sent bien que c’est foutu !

Depuis que mamie est morte, je n’ai revu personne de mon autre famille.

On est quand même au mois de mai, bientôt l’anniversaire de ma sœur, je mets tout mon argent de côté parce que je veux lui faire un beau cadeau !

En plus on va faire une sacrée fête avec les copains et les copines du collège !

Mais en douce, elle est pas encore au courant, c’est une surprise !

J’ai écrit un super poème pour elle, je lui donnerai après la boum de ses treize ans !

En juillet, l’assistante sociale, m’envoit dans un camp, pour faire du canoë.

Papa m’a demandé de prendre ces vacances, vraiment comme des vacances, et qu’il allait tout arranger, et à mon retour on partirait tous ensemble, comme prévu, sur la côte d’azur, un mois entier !

Mais franchement, j’y crois plus, tout va de travers depuis que je suis si heureux !

Quand je repense aux vacances de février, ça me fait du bien au cœur !

Maman qui cherchait désespérément un chalet isolé, à la demande de papa, et qui ne trouvait rien, a était soulagé quand un soir, papa est rentré :

-         ça y est les enfants on a le chalet, un ami avec qui j’en parlais, m’a proposé le siens, et il paraît que l’on ne sera pas embêté, une heure de montée à pieds dans la neige après avoir garée la voiture ! Ce n’est pas beau ça ?

Maman a l’air vachement contente, sourire crispé !

Je crois qu’une heure de marche dans la neige ça l’emballe pas des masses !

Moi, ça m’a plu tout de suite, on va pouvoir jouer aux trappeurs.

Émi, elle, je crois qu’elle s’en fout un peu !

Donc, après avoir voyagé une grande partie de la nuit, on s’est retrouvé au petit matin dans un village d’altitude, dans les Pyrénées.

Là, on a garé la voiture chez un particulier, un que nous avait indiqué le copain de papa.

Il nous a même invité pour le petit déjeuner.

Au village, au café, papa demandé si il y avait des gens pour aider à monter les bagages, contre de l’argent bien sûr.

Le petit vieux qui tient le bar, a téléphoné à des gens, puis on les a attendus.

On a chaussé nos raquettes à la sortie du bourg, et là, le calvaire a commencé !

Moi je m’étais entraîné sur la moquette de ma chambre, mais dans la neige, ça fait pas du tout pareil !

On a tous l’air de pingouin à la recherche d’une femelle !

Bref, une heure de marche est largement passée, qu’on voit toujours pas de chalet.

En plus je suis crevé, et moi ça va encore parce que j’ai dormi dans la voiture, mais papa a conduit toute la nuit, par contre hier après-midi il a dormi pour se préparer au voyage.

Heureusement !

À perte de vue, de la neige et des arbres, des arbres et de la neige !

Nos porteurs, nous annoncent qu’on est presque arrivé !

Féctivement, on a pas tardé à le voir, le chalet, ben du coup pour être isolé, c’est très isolé !

Émeline a le visage rougi par le froid, j’aime ! Je la trouve encore plus belle comme ça !

Une semaine ici, sans personne pour nous emmerder, super !

Maman prépare une boisson chaude pour tout le monde, papa paye les gens qui nous ont aidé à monter jusque là.

Une fois réchauffés, ils repartent, après avoir pris rendez-vous pour venir nous chercher pour le retour.

C’est vraiment un petit chalet, deux chambres, une cuisine, un genre de petit salon, où salle à manger, des chiottes, mais pas de salle de bains !

Faut se laver dans la cuisine, devant l’évier, comme chez grand-mère.

Enfin, pour huit jours, on n’a peut-être pas besoin de se laver, à la guerre comme à la guerre !

En tout cas ce soir-là, besoin de personne pour m’endormir, j’ai même pas senti ma sœur se coucher à côté de moi.

D’un trait, j’ai passé la nuit.

Au matin, je me suis réveillé avec un peu d’angoisse, d’abord je me demandais ce que je foutais là, ensuite il y avait un silence, presque menaçant.

Arrivé dans la cuisine, j’étais le premier levé, rare !

Alors j’ai ouvert la porte, et j’ai admiré le paysage !

Grandiose ! Fantastique !

Mais froid, dès le matin !

Du soleil, de la lumière violente !

Et derrière moi d’un coup, j’ai entendu une voix :

-         Tu ne peux pas fermer la porte des fois !

C’était papa ! Grognon ! Mais jamais pour longtemps.

Enfin, les vacances pouvaient vraiment commencer.

Pendant une semaine, ça a été glissades, bonhommes de neige, ballades sans but, jeux de société le soir, parce qu’à la montagne le jour tombe de bonne heure.

Une descente au village pour le ravitaillement.

Puis comme toujours, le dernier jour est arrivé, une dernière ballade avec Émi, et là on a pas été très, très loin, mais on avait besoin de se retrouver seuls tous les deux, ses joues étaient glacées, mais ses lèvres brûlantes, elles étaient exquises ses lèvres !

J’avais plus envie de les lâcher, et je crois qu’elle non plus, on arrivait pas à se décoller l’un de l’autre, on a fini de s’embrasser écroulés dans la neige, j’avais de la bave qui me coulait sur le menton.

On rentre tranquille, rougis par le froid, peur que ce que l’on a fait se

lise sur nos visages.

Et voilà, les vacances de février sont déjà terminées !

À pâques on est pas parti, déjà, papa a pris trop de vacances pour cette année, il en garde pour le mois d’août !

Pour en revenir au présent, c'est-à-dire en mai, je prépare donc l’anniversaire d’Émi, et je continue à travailler très dur, pour pas qu’on puisse dire que mes parents ont une mauvaise influence sur moi, je veux que tout le monde sache combien ils m’ont fait évoluer !

Important pour l’assistante sociale !

Donc je bosse, je bosse, je bosse !

Et ma sœur avec moi, il parait d’après mes parents que j’ai une super influence sur elle.

Heureusement qu’ils ne savent pas tout.

Aujourd’hui, j’ai reçu des nouvelles de Joachim, Émeline n’a pas du tout apprécié, mais je m’en fout un peu, elle n’a pas à être jalouse, puisque c’est un garçon !

Cher Alex.

Aucune nouvelle de toi, mais c’est normal, j’ai changé d’adresse, et là je suis drôlement bien tombé, je suis le boy de la maison, en plus interdiction de sortir, d’écrire, ou même d’avoir des copains.

J’ai malgré tout réussi à t’écrire, grâce à un concours de circonstance, le plus difficile, ça a été de trouver un timbre, ça paraît bête, mais j’ai pas d’argent du tout, mais j’ai quand même réussi à leur piquer quelques pièces, comme la dernière fois j’ai raconté des conneries à un bon camarade de classe qui accepte de recevoir mon courrier chez lui.

Je te mets l’adresse sur un bout de papier à part dans l’enveloppe.

Tu me manques de plus en plus, et là je crois que je ne vais pas traîner chez eux, parce que je sais qu’on ne pourra jamais se rencontrer, maintenant je me trouve au Vésinet.

J’attends ta lettre, après je me barre de là.

                        Voilà, j’ai encore à te dire combien tu me manques, je t’aime tellement, je donnerai n’importe quoi pour qu’on se revoit au moins une dernière fois !

Pouvoir te regarder, t’embrasser, te toucher !

Je rêve de toi toutes les nuits, je t’en supplie donne moi vite de tes nouvelles.

                        Ton Joachim qui t’aime follement.

                                                                                  JOACHIM.

Je ne m’attendais plus à du courrier de lui ! Et maintenant je réalise combien il est important pour moi, combien son absence me pèse.

Je ressors les photos que je regardais de moins en moins souvent, et l’émotion me gagne !

Immédiatement, je m’installe à mon bureau, et j’écris.

Joachim.

Je reçois juste ta lettre qui me fait comme tu peux le supposer énormément de bien, je croyais être oublié de toi, je pensais qu’un autre garçon m’avait bien vite remplacé.

Moi aussi je t’aime toujours autant, peut-être même plus qu’avant, j’ai toujours les photos que l’on avait faites lors de notre évasion, je nous regarde souvent.

Pour les nouvelles, elles ne sont pas franchement bonne, l’assistante sociale m’envoit faire du camping avec une bande de cons, un mois de canoë, je sais pas encore où.

Ensuite, je devrais partir avec mes parents en août, et à la rentrée on a rendez-vous avec le juge pour enfants qui a parlé de me remettre chez mes parents biologiques, mais ça il peut s’asseoir dessus, j’irai pas, jamais, quoi qu’il m’en coûte ?

Tu n’as sûrement pas su, mais ma grand-mère est morte.

J’en ai eu beaucoup de chagrin !

Depuis je n’ai revu personne de mon autre famille, et je ne suis pas retourner chez elle, d’après que la ferme a été vendue.

Voilà sache encore une fois que tu me manques beaucoup, que je t’aime, et que je t’aimerais toujours, toute ma vie.

Moi aussi j’aimerais tant que l’on puisse se revoir, même quelques secondes ?

                        Ton Alex qui t’aime tendrement.

                                                                                  ALEX

Je sors, je vais poster ma lettre, j’ai besoin de prendre l’air.

Non ça une chose est sûre, je ne retournerai jamais dans mon ancienne maison !

J’entends quelqu’un courir derrière moi, je me retourne c’est Émi qui vient me rejoindre.

-         Qu’est qu’il te raconte ?

Je sors la lettre de ma poche :

-         Tiens, t’as qu’à lire, j’ai pas de secret pour toi !

-         Et tu lui réponds ?

-         Bien sûr !

-         Tu l’aimes toujours ?

Pour toute réponse, je la prends dans mes bras, et je l’embrasse, je l’embrasse, mais sur la joue, et je la serre très fort contre moi, je la serre comme pour qu’on nous sépare jamais !

La fête bat son plein, maman et papa m’ont aidé pour garder le silence.

Émi, surprise, vraiment surprise et heureuse comme j’aime la voir !

Je lui ai donné son cadeau dés ce matin, je voulais que l’on soit seul pour ça, enfin seul en famille je veux dire.

Je lui ai offert le dernier album de Julien.

Alors forcément, heureuse !

Puis après manger, après le gâteau et les bougies, on l’a entraînée vers le fond du jardin, dans le garage, où tous les amis l’attendaient déjà !

C’est une journée ensoleillée, on entend les tondeuses un peu partout, une odeur d’herbe coupée envahit l’air !

Comme il fait beau, on a laissé ouverte la grande porte, et au moment où je mets un slow, au moment précis où je pose le bras du tourne disques sur le disque, dans l’encadrement de la porte, comme dans un rêve, en contre jour, la silhouette de Joachim.

Bien sûr, je rêve, mais je m’approche quand même, eh non !  je ne rêve pas, c’est bien Joachim.

Je ne peux rien lui dire, les mots me manquent, je l’entraîne derrière le garage, à l’abri des regards, et là, on s’embrasse même pas, on se dévore, d’abord des yeux, mais pas longtemps.

Ensuite ces nos bouches qui ont la parole, si je puis dire.

Je suis violent, fébrile, je ne sais plus par quel côté commencer, je l’embrasse, son nez, sa bouche, ses yeux, ses cheveux, ses joues, ses oreilles, lui fait de même, sa langue, ses dents, ce goût que j’avais peut-être oublié !

On passe d’un endroit à l’autre, on se mélange, on est plus qu’un ! Jamais on pourra nous décoller !

Et puis, à bout de souffle, on finit quand même par reprendre chacun notre langue, et là, commence le désir pour moi de savoir, comment, pourquoi ?

Et il m’explique, il a fait une fugue, ça je m’en serais douté.

Il a était placé dans une famille de cons, alors il s’est barré !

Il leur a piqué du pognon, et il s’est barré, d’abord le train, puis un taxi, et le voilà chez moi !

Je l’emmène dans ma chambre, et lui demande de m’attendre !

Et surtout, de ne pas se montrer.

Et je retourne à la fête.

Il est au moins deux heures du matin, je sais dans le placard du salon, une petite boite-cachette où il y a toujours de l’argent liquide, c’est papa qui le donne à maman pour la semaine de courses et de dépenses de la maison !

Effectivement, y a pas mal dedans, quitte à être accusé de vol, autant prendre la boite complète.

J’ai déjà préparé quelques affaires, surtout des souvenirs d’ici, de papa, de maman et d’Émeline !

Un peu de linge, pour nous deux, puis on se recouche, vaut mieux attendre cinq heures !

On se relait toutes les heures pour pas rater notre départ !

À un moment, où je rêve, où je sais pas mais Baptiste vient pour m’engueuler, parce que je devrais pas partir !

Je passe la porte sans me retourner, je sais que maintenant je ne reviendrai plus, même si on se fait prendre !

Jamais on me replacera ici !

Après un quart d’heure de marche, on arrive sur la place centrale.

En face de la poste et du bar « au café de la poste »,

les cars attendent, moi je sais lequel il faut prendre pour arriver à la ville, là où il y a une gare !

Parce que mon intention, c’est de prendre le train, j’ai compté l’argent, avec ce qu’on a on peut traverser la France sans problème !

Mais faut arriver à la gare.

Papa se lève vers six heures, donc on a qu’une heure avant qu’il s’aperçoive de quelque chose ! Et le premier autobus ne part qu’à six heures et demie !

Entre les économies, et ce que j’ai volé, j’ai presque six cent francs, avec ça je peux voir venir.

Je suis inquiet, on s’est mis derrière l’abri bus, et je surveille la rue !

On ne s’est pas parlez du tout depuis la maison, silence !

On sait bien touts les deux, que ce sera dur surtout si on est repris.

Je pense à Émi, ça me donne envie de faire demi-tour, mais c’est trop tard maintenant, si il y avait pas Joachim ?

Mais voilà il y a, et je peux pas le laisser tomber ?

Je le regarde, il me sourit, les dés sont jetés !

Le premier bus arrive, c’est un bus scolaire mais si on paye il prend aussi les gens.

Donc on monte, je paye les deux places, et on s’installe dans le fond, toujours je surveille !

Joachim aussi à l’air un peu inquiet, mais sans plus, on dirait juste qu’il part en vacances à la mer !

Décidément il est encore gamin, c’est un enfant !

Il me fait confiance pour résoudre les problèmes, et prendre les bonnes décisions.

Tout le long du chemin, on prend des collégiens, ça me fait drôle de savoir qu’ils ne se doutent de rien.

Juste un, qui vient nous casser les pieds, un que je connais en plus, un qui nous posent plein de questions.

Mais à part lui ça va !

Chez moi tout le monde doit être sur le qui vive.

Il est sept heures maintenant, et papa est venu me lever.

J’ai les larmes qui montent en pensant au mal que je leurs fait, au mal que je me fais !

Ça y est, on arrive, la gare est à deux pas !

Est-ce que la police est déjà prévenue ?

À l’intérieur de la gare, je me sens un peu plus en sécurité, Joachim me suit, sans rien dire.

Je prends deux places pour Rouen !

De là, on partira pour la côte, mais je sais pas où encore ?

En attendant le train sur le quai, je m’imprègne de l’ambiance et de l’odeur de la gare, les hauts parleurs qui de temps en temps, annoncent un train.

Impossible de comprendre ce qu’ils racontent.

Je sais que le notre de train, il arrive quai B et voie 3, donc j’ai pas à m’inquiéter.

Il y a un kiosque sur le quai, je décide d’aller acheter quelque chose à manger et aussi à boire !

On choisit avec Joachim, du pschitt orange, et puis des trucs au chocolat, « Milky way » et « Mars », on prend aussi deux poches de bonbons acidulés « la pie qui chante », j’sais pas pourquoi mais c’est un nom qui fait rêver, chez maman il y en avait toujours dans le placard de la salle à manger, plus un truc que j’ai jamais goûté des « Bounty », parce que l’étiquette me fait penser à des îles ensoleillés.

On monte dans le train, qui vient, dans un bruit épouvantable, de s’arrêter au bord du quai, on monte dans un wagon de 2eme classe presque vide, on prend un compartiment entièrement vide, je referme la porte coulissante derrière nous !

Quand même, c’est beau une gare vue du train !

Quelques petits accoups, et le train redémarre, je suis reposé, enfin je veux dire « confiant », et pourtant sur le qui vive, toujours !

Joachim, lui, c’est vraiment un gamin, il vit normalement comme si c’était juste un départ ordinaire, en famille, il m’énerve !

J’adore le bruit du train sur les rails, ça me berce, mais je ne peux m’empêcher de penser à papa, maman et ma sœur que j’aime tant !

Nous ne sommes plus très loin de Rouen, ma montre confirme !

Le train ralentit de plus en plus, nous quittons le compartiment pour nous rapprocher de la sortie.

Un homme ouvre la porte alors que le train n’est pas tout à fait immobilisé.

Rouen sous mes pieds, le quai, je me dirige vers le panneau d’affichage voir les partances.

Il y a une correspondance pour Paris d’ici peu, une autre pour Le Havre, franchement ça me dit rien !

Autrement Fécamp dans une heure.

Fécamp, pourquoi pas, j’ai entendu papa en parler ! en plus c’est au bord de la mer.

Joachim m’attend sur le quai.

Je lui annonce qu’on part pour Fécamp, mais qu’il y a une heure d’attente.

Ça le contrarie à peine, on profite pour s’acheter chacun un sandwich.

Jambon les deux !

Je le regarde attaquer le sien, il déchire le pain à belles dents !

Il sent mon regard, et bloque son geste de déchirement, me sourit, et moi j’oublie, pour un moment, j’oublie tout !

Papa, maman, Émeline, la cavale, mes vrais parents, le foyer, tout quoi !

Et Fécamp ? qu’est-ce qu’on va foutre là-bas ?

J’ai peur, peur qu’on me reprenne, peur d’avoir fait le mauvais choix ?

Je profite de l’heure d’attente pour chercher un téléphone, j’appelle chez moi !

Une voix d’homme, je raccroche, les larmes aux yeux.

J’espérais Émeline ! Je rappellerais plus tard !

Le train,

Je regarde par la fenêtre.

Le paysage défile, la pluie s’est mise de la partie.

Les poteaux électriques se suivent, soutenant des câbles qui descendent vers le sol puis remonte vers le sommet du poteau suivant.

Joachim s’est endormi, presque aussitôt après que le wagon s’est mis à bouger !

On s’arrête souvent, presque toutes les gares, avec des temps d’arrêt plus ou moins longs.

À chaque arrêt, Joachim ouvre un œil, puis se rendort !

Il a pas l’air en forme !

Il est tout blanc !

Je me lève toucher son front, il est brûlant, il a beaucoup de fièvre à mon avis, il geint en dormant les traits tirés.

J’enlève mon pull, et je lui cale la tête avec.

Ben v’la autre chose maintenant !

Comment on va faire si ça passe pas ?

Le train entre en gare, notre gare, il faut descendre.

On est arrivé !

Et Joachim a très mal au ventre, tout juste s’il peut marcher plié en deux !

Heureusement, Joachim va bien !

Mais, d’après, il était temps !

Appendicite !

En pleine évasion !

Faut être con quand même !

Je sens qu’on se verra plus !

Je suis à nouveau dans un foyer, mais isolé à l’infirmerie !

Pour le moment, droit de voir personne !

J’ai même pas eu le temps de visiter Fécamp, dommage, mais l’histoire devait mal finir !

J’attends ! j’attends d’être ramené à la ferme

Ils ont décidé !

Ma place est chez mes vrais parents !

Il ont décidé !

La nuit, je fais des cauchemars.

C’est la sarabande Émi, papa, maman, Joachim, grand-mère, Baptiste, et les autres.

Tous viennent me chercher, me tirer vers leurs vies, mais moi sachant que c’est un rêve, je préfère me réveiller.

Baptiste je l’ai jamais revu en vrai !

Mais parents m’ont écrit, ils ne m’en veulent pas, ils ont promis de faire le maximum pour me récupérer, même Émi à signé.

Me voilà de nouveau dehors !

Me suis barré !

                       Il fait encore noir, il est une heure du matin.

J’ai bien fait de venir de nuit, il fait tellement noir que je n’ai pas besoin de me cacher !

Je souhaite, que la porte de derrière, ne ferme toujours pas à clef !

Je traverse la cour, les souvenirs de mon enfance envahissent ma tête, c’est si loin ?

Depuis plusieurs jours, il pleut, alors forcément, la cour est pleine de boue, j’en ai plein le bas de mon costume.

Mais c’est pas grave pour ce que je viens faire là ?

Je contourne le bâtiment, des odeurs oubliées d’étable restée sans soins !

De ferme pas entretenue, f’rait chier de revenir habiter ici !

Je pousse la porte, la dernière fois que je l’ai poussée, c’était il y a longtemps juste avant de fuguer !

Mais ce soir, il n’y aura pas de fugue ?

Juste une fuite !

J’entre dans la cuisine, j’ouvre le placard, le fusil est là, à sa place, les cartouches dans le tiroir.

Une seule suffira, je la place dans le canon, je pose la crosse du fusil par terre, le problème, c’est que mes doigts n’atteignent pas la gâchette.

Je repose le fusil, j’essai de faire le moins de bruit possible, je cherche dans un tiroir quelque chose qui pourrait m’aider !

Je vois une grande cuillère en bois, je la prends je sais maintenant que c’est moi qui vais gagner !

Je réinstalle le fusil comme tout à l’heure.

Je pose la mâchoire sur les canons, le seul truc, c’est que je ne sais pas lequel est chargé, j’aurais du mettre deux cartouches.

Trop tard, je vais le faire au hasard, j’espère que ça partira du premier coup, parce que recommencer ! c’est déjà assez difficile à faire une fois !

Je transpire, ça coule, n’attends pas, vas-y, et j’y vais, je touche la gâchette avec le bout de la cuillère, et d’un coup sec, j’appuies.

FIN

Posté par Pierre Yves à 10:04 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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